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La justice selon Aristote

9 Février 2008 , Rédigé par lenuki Publié dans #philosophie auteurs

Ethique à Nicomaque est un ouvrage d’analyses, il est même considéré par certains comme le premier traité de la philosophie du droit. Aristote, l’auteur de cette œuvre, est né en 384 av. J-C et est mort en 322 av. J-C. Son père, Nicomaque était médecin. A 17 ans, il part à Athènes afin de suivre les cours de Platon à l’Académie. Il devient plus tard, l’enseignant d’Alexandre, futur Alexandre le Grand. C’est en 335 qu’Aristote fonde le lycée à Athènes. En 323, Alexandre le Grand meurt, ce qui provoque un désordre dû au partage de l’Empire ; Aristote fuit alors Athènes et meurt en 322.
Le texte étudié est un extrait du livre V d’Ethique à Nicomaque d’Aristote. Ce livre est un ouvrage consacré à la justice. Aristote s’y emploie à faire de la justice la plus grande de toutes les vertus, parce qu’elle nous fait, selon lui, nous conformer aux lois et respecter l’égalité, et parce que, dans nos rapports à autrui, elle concentre toutes les vertus particulières.
Quelles sont plus particulièrement les conceptions de la justice développées par Aristote? Quelles sont les différentes formes de justice?
La justice d’Aristote peut être étudiée suivant deux grandes conceptions qui seront abordées successivement. Tout d’abord, la justice du point de vue de l’éthique, et dans une seconde partie, la justice appréciée en tant que valeur sociale.
 
 
I – La valeur éthique de la justice
 
Par éthique, il faut entendre ce qui est relatif à la morale. Or, la morale est propre à chacun et définit les vertus des hommes. La justice est, pour Aristote, une vertu (A), cependant il envisage la justice selon différentes sortes de vertus (B).
 
A – La Justice comprise comme vertu
 
Pour Aristote, tout le monde a la même vision de la justice. Il s’agirait d’un « mode d’être » qui pousse les hommes à faire des choses qui leur semblent justes. Aristote définit la vertu comme étant une disposition qui va rendre l’âme plus humaine et ses actions bonnes, il existe alors un parallèle entre le juste et le bon. Il souligne le fait que la vertu est un choix libre, c’est-à-dire que c’est l’homme, lui-même, qui détermine si ses actions sont bonnes ou mauvaises ; ce qui lui permettra alors de qualifier les actions d’autrui. Selon Aristote, la vertu est donc une composante majeure de la justice.
Cependant, Aristote met en évidence l’existence de plusieurs types de vertus. Il fait tout d’abord une distinction entre les vertus morales et intellectuelles. Il précise que les vertus ne sont pas innées mais constituent quelque chose qu’il faut acquérir par la pratique.
En effet, au sein de la Cité, c’est la loi qui est créatrice de la vertu totale de la justice. La loi équivaut au juste.
La justice peut également être considérée comme une vertu particulière dans le sens où elle prend en compte toutes les autres vertus.
 
Aristote n’entend pas la justice dans sa simple compréhension de valeur éthique. Outre cette justice, il aborde l’existence d’une justice partielle.
 
B – Distinction entre justice globale et justice particulière
 
La justice totale s’exerce vis-à-vis de soi mais aussi d’autrui, il s’agit donc d’une vertu sociale compte tenu de son caractère altruiste. De plus, cette justice s’exerce dans le cadre politique, c’est-à-dire dans le cadre de la Cité (en rapport avec la loi).
En effet, au sein de la Cité, c’est la loi qui est créatrice de la vertu totale de la justice. La loi équivaut au juste.
La justice peut également être considérée comme une vertu particulière dans le sens ou elle prend en compte toutes les autres vertus.
 
Aristote n’entend pas la justice dans sa simple compréhension de valeur éthique. Outre cette justice, il aborde l’existence d’une justice partielle.
 
 
II – La valeur sociale de la justice
 
La justice partielle, c’est-à-dire celle qui se définit au niveau des citoyens, se décompose en deux espèces : la justice distributive d’une part et la justice commutative d’autre part.
 
A – La justice distributive
 
Par justice distributive, Aristote entend la proportion géométrique à distribuer des honneurs, de la fortune et d’autres avantages qui peuvent être partagés en fonction du mérite de la personne. Ce mérite est apprécié en fonction de la participation de chaque citoyen à la mise en œuvre mais aussi à la réalisation du Bien Commun. Ce système insiste sur la prééminence du Bien Commun collectif sur le bien  individuel (l’intérêt individuel). Cependant Aristote souligne le fait que toutes les personnes n’ont pas le même point de vue sur le mérite et que celui ci diffère selon 3 régimes politiques différents : la démocratie, l’oligarchie (référence à la richesse) et l’aristocratie (de aristo=meilleur, kratos=pouvoir ; soit le pouvoir des meilleurs). En ce qui concerne la démocratie, le mérite résiderait dans la liberté, pour l’oligarchie, dans la richesse ou la naissance et enfin pour l’aristocratie, dans la vertu. Le problème est donc de trouver un moyen qui permettrait de déterminer la juste rétribution.
 
Aristote distingue alors une autre forme de justice. Celle que traditionnellement on appelle justice commutative ou justice réparatrice.
 
B – La justice réparatrice ou commutative
 
Cette justice s’applique dans les rapports entre individus. Ces derniers peuvent être volontaires, ils sont alors appelés échanges contractuels, comme ils peuvent ne pas l’être, ce sont alors les délits, les dommages. Cette justice est destinée à réaliser l’égalité entre tous les membres du corps social, Aristote s’appuie alors sur une proportion arithmétique. Dans cette justice, et à l’inverse de la justice distributive, il n’est pris en compte que le dommage causé, et non le statut des personnes, elle est donc relative aux transactions effectuées entre individus. De plus, elle s’appuie sur le précepte d’équivalence, c’est-à-dire qui vaut autant en quantité qu’en qualité.
 
La justice distributive permet donc de découvrir ce qui est juste entre les hommes d’un même corps social, tandis que la justice commutative permet de découvrir ce qui est juste entre deux personnes indépendantes l’une de l’autre.
 
Selon Aristote, la justice peut faire appel à la vertu c’est-à-dire au courage et aux actions justes (à l’éthique) ou bien au mérite de chacun. Par conséquent, il distingue trois formes principales de justice : la justice en fonction de la vertu de chacun, la justice au sein d’un corps social et enfin celle existant entre deux individus.
Ethique à Nicomaque a été la source des principales orientations de la philosophie concernant l’éthique. Cette théorie d’Aristote sur la justice a été reprise bien plus tard, au XIII° siècle par St Thomas d’Aquin.
Cependant, la justice a beaucoup évolué surtout aux travers des lois qui ont désormais un caractère général et impersonnel , ce qui remet en cause la participation de la vertu individuelle au sein de la justice.
 

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