Le Discours de la méthode   1637 Descartes ( classique Hatier)
 
Présentation
"  Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences. Plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie qui sont les essais de cette méthode " : tel est le titre initial de l'ouvrage publié de son vivant par Descartes, le 8 juin 1637.
L'actuel " Discours de la méthode " n'est donc en réalité qu'une introduction à trois essais scientifiques ou applications de la méthode.
Entreprenant de fonder une science nouvelle, Descartes achève, en 1633, l'élaboration de sa physique, laquelle prend acte du modèle héliocentrique de l'univers - modèle initialement constitué par Copernic. Il renonce cependant à en publier les principes et les résultats dans le Monde (ou Traité de la lumière), à la suite du procès de Galilée, condamné par l'Eglise romaine et contraint de se rétracter.
Empêché de dévoiler l'ensemble de ses découvertes, Descartes prend alors le parti, dans le Discours, de n'exposer que la méthode ou démarche de pensée qui l'y a conduit. Ce faisant, il rapporte les doutes qui ont accompagné sa recherche et les étapes qui l'ont jalonnée.
Le Discours de la méthode est composé de 6 parties.
·        Dans la première, Descartes évalue les sciences qui lui ont été enseignées au cours de ses études ;
·        Dans la seconde, il énonce les règles de la méthode qu'il a choisie ;
·        Dans la troisième, il élabore une morale provisoire ;
·        La quatrième contient les principes de sa métaphysique ;
·        La cinquième donne quelques aperçus de la physique nouvelle ;
·        Dans la sixième partie, enfin, Descartes énonce successivement les raisons qu'il aurait de publier sa physique et celles qui le portent au contraire à s'en abstenir.
 
Résumons, un peu plus en détail, le contenu respectif de ces 6 parties :
1) Dans la première partie, Descartes évalue les sciences qui lui ont été enseignées au cours de ses études.
Tout d'abord, l'auteur affirme que la raison, qu'il désigne encore sous le nom de " bon sens ", " est la chose du monde la mieux partagée " : tout homme par conséquent a la faculté de raison ; celle-ci est universelle parce qu'innée, c'est-à-dire inscrite dans la nature de l'homme. Cependant, si, dans les faits, chacun n'en use pas comme il convient (déraisonne ou pense mal), c'est, comme le dit Descartes, qu'il ne suffit pas " d'avoir l'esprit bon (...), le principal est de l'appliquer bien ". D'où la nécessité d'une méthode pour bien conduire sa raison : la méthode consiste en un ensemble de règles déterminant un ordre d'opérations, dans l'usage d'une faculté, ici celle de la raison.
Ceci étant posé, Descartes exprime sa déception à l'égard de l'enseignement qu'il a reçu : " il n'y avait aucune doctrine dans le monde qui fût telle qu'on m'avait fait auparavant espérer ". Précisément : ce n'est pas à penser correctement - excepté en mathématiques - que les hommes sont communément éduqués.
Enfin, après avoir évalué et critiqué chacune des disciplines enseignées, Descartes achève cette première partie en évoquant les leçons tirées de ses années de voyage.
2) Dans la seconde partie, Descartes énonce les règles de la méthode qu'il a choisie.
Réformer les sciences exige d'abord que l'on réforme ses propres pensées, et pour ce faire que l'on bâtisse : " dans un fonds qui est tout à (s)oi ". En d'autres termes, de même qu'il " n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces, et faits de la main de divers maîtres, qu'en ceux auxquels un seul a travaillé ", il convient de reconstruire les sciences selon un plan qui les unifie et les installe sur des fondements communs, grâce à l'unité d'une méthode.
Pour mener à bien ce projet, Descartes décide donc, premièrement, de faire table rase des opinions ou préjugés qui encombrent son esprit et lui viennent d'une éducation éclectique, deuxièmement de définir rigoureusement la méthode qu'il compte appliquer dans les sciences et dont les règles sont au nombre de quatre : l'évidence, l'ordre, l'analyse, l'énumération ( cf. sur ce point l'extrait n°2).
3) Dans la troisième partie, Descartes élabore une morale provisoire.
Souhaitant découvrir le fondement ou point de départ d'une philosophie et d'une science certaines, soit une première certitude, à partir de laquelle sa raison pourra s'exercer avec méthode, Descartes entreprend donc de rejeter toutes les opinions et connaissances qu'il avait jusqu'alors tenues pour vraies.
Toutefois, parce qu'il conçoit mal de douter de tout dans ses actions comme dans sa pensée, il élabore une morale " par provision ". Comme son nom l'indique, cette morale doit permettre à Descartes de continuer de vivre en attendant d'être en possession d'une première certitude ; elle ne vaut comme telle que provisoirement, et non pas absolument ; efficace dans l'ordre de l'action pratique, elle ne présente encore aucune justification rationnelle.
Le sens commun inspire donc à Descartes les trois maximes qui la composent : la première consiste à " obéir aux lois et aux coutumes de (s)on pays " ( soit à suivre les avis les plus modérés), la seconde est celle de la résolution dans l'action, la troisième prescrit de changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.
4) La quatrième partie contient les principes de la métaphysique cartésienne.
Le savoir est constitué sur le modèle d'une géométrie, c'est-à-dire qu'il est suspendu à un petit nombre de principes à partir desquels il suffit de déduire correctement pour passer d'une vérité à une autre ; voilà pourquoi il s'enracine, dans sa totalité, dans des vérités premières et fondatrices, comme on l'a vu - vérités qui, pour cette raison, ne sont pas elles-mêmes scientifiques mais " métaphysiques " ( c'est-à-dire situées en amont de la connaissance, qu'elles rendent possible).
La technique de pensée adoptée alors par Descartes pour parvenir à une première vérité, à un premier principe, est celle du doute " hyperbolique ", lequel désigne un doute absolu : il consiste en effet à "  tenir pour faux le vraisemblable ", à n'admettre par conséquent pour vrai que ce qui est absolument certain.
Or le doute ainsi défini contient en lui-même son propre dépassement : si je doute en effet (de l'existence même de toute chose, seulement vraisemblable), c'est que je pense et si je pense, je suis.
Ce que je suis c'est donc une " âme ", un être dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser ( cf. extrait n°3). Ainsi Descartes trouve-t-il dans le " cogito ergo sum " le premier principe de la philosophie recherchée.
L'étape suivante est celle de la découverte de l'existence de Dieu : le doute duquel je tire la certitude de mon existence me révèle en même temps mon imperfection ; comme tel, il renvoie à un défaut d'être dont je ne peux avoir l'idée sans avoir préalablement celle du parfait, en d'autres termes celle de Dieu. Or toute idée est l'image d'une réalité, l'effet d'une cause : en tant qu'être imparfait, je ne saurais être la cause de l'idée du parfait qui est en moi ; il faut donc que ce soit Dieu qui l'y ait mise - d'où la certitude de son existence.
Enfin, si le moins parfait ne saurait dépendre que du plus parfait, toute réalité finie - corporelle ou intellectuelle, tout corps ou toute idée - aura Dieu pour cause.
Pour cette raison, l'existence de Dieu garantit à la fois la réalité du monde (un temps suspendue par le doute) et la vérité de l'idée que nous en prenons.
5) La cinquième partie donne quelques aperçus de la physique nouvelle.
Les principales vérités de la métaphysique étant posées, Descartes passe alors en revue quelques-uns des résultats de la physique qu'elles fondent : parce qu'elle est figure et mouvement, la matière, que cette physique prend pour objet est, avec Descartes, dépouillée des forces occultes dont on croyait auparavant qu'elle était animée.
Or ce qui vaut pour la matière inorganique vaut également pour le vivant, régi lui aussi par les seules lois du mouvement - en d'autres termes par le mécanisme.
A travers la description du mouvement et de la chaleur du cœur, Descartes donne alors un exemple de l'application illimitée et de l'efficacité du mécanisme.
Enfin, après avoir comparé les animaux à des machines très perfectionnées, il revient au cas de l'homme, seul doué de parole et de raison - doté d'une âme par conséquent.
6) Dans la sixième partie, Descartes énumère les raisons qu'il aurait de publier sa physique et celles qui le portent au contraire à s'en abstenir.
Descartes rappelle à mots couverts la condamnation de Galilée et l'effet qu'elle a eu sur lui : il a reporté la publication de sa physique. Il passe alors en revue les motifs qui pourraient encore le forcer à publier, puis il reprend les raisons tout aussi fortes qui le retiennent et enfin il explique pourquoi il ne livre que des fragments et des aperçus de sa physique.
 
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