Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 10:45

reseaux-sociaux-id329
Pour le sens commun, la présence d’autrui est la négation même de la solitude : nous sommes seuls lorsque personne n’est là… La présence d’autrui est donc première. La solitude est ressentie comme douloureuse parce qu’elle interrompt des relations avec les autres. Notre état premier (et quasi « naturel ») serait donc dans un contact permanent avec autrui. N’est-ce pas pour favoriser un tel contact qu’ont été inventés les téléphones portables, qui nous rendent joignables à tout moment, ou encore les réseaux sociaux qui multiplient comme par enchantement le nombre de nos « amis »… ? Faut-il vraiment se sentir bien seul pour se laisser berner par de tels mirages ! Autrui, de plus, n’est-il  pas constamment présent par le dialogue direct (les conversations courantes) ou indirect (livres, journaux, télévision, etc…) ? Sans compter que tous les objets dont nous nous servons témoignent sans discontinuer de sa « présence ». Ce contact avec autrui se manifeste par l’utilisation de signes communs, dans des échanges gestuels ou verbaux. Ainsi, la présence d’autrui m’évite la solitude, puisque j’ai toujours la possibilité de parler avec quelqu’un, même que je ne connais pas (cf. les rencontres fortuites dans le train, par exemple). Mais cette présence d’autrui reste néanmoins fragile. Si la présence physique d’autrui semble effectivement nous éviter la solitude, qu’en est-il lorsqu’ autrui ne répond pas à nos attentes ? Ne peut-on pas se sentir bien seul le jour d’une rupture et cela même alors qu’on est aussi près que possible de celle que l’on aime ? Ne peut-on pas aussi éprouver de la solitude lorsque la communication avec autrui échoue ou n’est que superficielle (« bonjour, bonsoir » !) ? En ce sens, la seule présence d’autrui ne semble pas pouvoir garantir une relation authentique.

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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 18:33

Procedure-APB-les-etapes-a-ne-pas-rater dossier horizontal

 

En ce qui concerne l'admission postbac, permettez-moi de vous recommander un blog qui vous éclairera, dans la mesure où il est consacré à l'orientation et s'intitule fort justement : " Il y a une vie après le bac" (mais en doutiez-vous?) :

 

link

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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 18:16

la foule 1998-copie-1

 

"L’individu s’oppose à la collectivité, mais il s’en nourrit. Et l’important est bien moins de savoir à quoi il s’oppose que ce dont il se nourrit. "
                                                                                             ANDRÉ MALRAUX Le Temps du mépris

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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 18:08

 

présence d'autrui

 

                    La présence d’autrui nous évite-t-elle la solitude ?


Comment pouvons-nous faire l’expérience de la solitude, alors même que nous ne sommes pas seuls ? Pour le comprendre, on peut envisager plusieurs situations différentes :
+ l’expérience de la solitude au sein d’une foule anonyme : les autres remplissent l’espace, mais il n’y a aucune relation entre eux et moi (cf. couloirs du métro par exemple)
+ l’expérience de la solitude face à des personnes qui me jugent ou me veulent du mal, alors même que je n’ai personne pour me défendre (cf. la « tête de Turc » dans une classe quelconque, le souffre-douleur ou le bous-émissaire)
+ l’expérience de la solitude face à la sollicitude d’un ami : il peut éprouver toute la compassion du monde à l’égard des maux qui m’accablent, il ne sera jamais vraiment « à ma place »
D’où une série de questions :
a)    Quel est le rôle de la communication dans la façon dont je perçois autrui, la qualité de celle-ci dépend-elle toujours d’autrui (de son « intelligence », comme on dit « en bonne intelligence », c’est-à-dire de sa faculté de compréhension) ou de la façon dont je m’ouvre à lui pour l’accueillir dans toutes ses dimensions ?
b)     En ce qui concerne l’expérience de la solitude : pourquoi est-elle éprouvée comme une souffrance ? Que peut-elle m’apprendre sur moi-même et sur mon rapport aux autres ? Doit-elle toujours être évitée ? Dans quelle mesure peut-on parler d’une solitude irréductible liée au fait que personne ne peut, littéralement parlant, « se mettre à ma place » ?

 

 

Peut-on dire, sans abus de langage, d’un individu qu’il est seul alors qu’il se trouve au sein d’une foule importante, à proximité des autres ? De quelle solitude parle-t-on alors ? D’abord, reconnaissons que les autres, ce n’est pas autrui, c’est-à-dire cet autre-ci, en face de moi, avec lequel j’entretiens des relations spécifiques… Mais pourtant qui n’a jamais ressenti un tel sentiment de solitude parfois, alors même qu’il figurait au milieu de la foule ? D’où vient un tel sentiment ? Si la proximité d’autrui ne suffit pas à éviter d’éprouver un tel sentiment, quelle serait la présence qui pourrait nous en délivrer ? En quoi devrait-elle consister, quelle devrait être sa spécificité ? De plus, les autres ne nous ont-ils pas précédés ? En ce sens, la présence d’autrui ne serait-elle pas antérieure à notre sentiment de solitude ? Au fond, ne serait-ce pas parce que l’autre est là sans y être vraiment que nous éprouvons cruellement notre solitude ? En quoi sa présence peut-elle être éprouvée comme un manque ou une carence, voire comme une menace ? Enfin, notre personnalité n’est-elle pas façonnée par l’alternance de la présence d’autrui et s de son absence ? Le petit enfant, par exemple, n’apprend-il pas à surmonter l’absence de sa mère par des substitutions symboliques qui lui permettent de grandir ? En ce sens, la solitude ne serait-elle pas nécessaire à l’épanouissement de tout homme ?

 

philosophe dans le labyrinthe

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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 23:37

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Ici, vous ne recevrez pas de conseils particuliers: votre professeur pincipal est beaucoup plus qualifié que moi pour cela.

Mais je me permets de vous recommander un article qui montre l'importance de la procédure d'admission post-bac, pour vous encourager à bien vous renseigner, afin d'y comprendre un peu quelque chose...!


Référence de l'article: link


Bon courage à tous

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 18:57

solitude 3

 

Ma solitude    (Chanson de Georges Moustaki)

Pour avoir si souvent dormi
Avec ma solitude
Je m'en suis fait presqu'une amie
Une douce habitude
Ell' ne me quitte pas d'un pas
Fidèle comme une ombre
Elle m'a suivi ça et là
Aux quatre coins du monde

Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude

Quand elle est au creux de mon lit
Elle prend toute la place
Et nous passons de longues nuits
Tous les deux face à face
Je ne sais vraiment pas jusqu'où
Ira cette complice
Faudra-t-il que j'y prenne goût
Ou que je réagisse?

Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude

Par elle, j'ai autant appris
Que j'ai versé de larmes
Si parfois je la répudie
Jamais elle ne désarme
Et si je préfère l'amour
D'une autre courtisane
Elle sera à mon dernier jour
Ma dernière compagne

Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude ....

 

moustaki guitare

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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 10:52

solitude dans la foule

« Pendant sa dernière année, il se plaignait souvent de ne pas comprendre en quoi elle consistait, la solitude que nous redoutions tous tellement. Qu’est-ce donc, ce que nous appelons solitude, disait-il, cela ne peut pas se réduire à l’absence des autres, on peut être seul et nullement solitaire, alors qu’est-ce que c’est ? Cela l’a préoccupé sans relâche, que nous puissions être solitaires au milieu de la foule. Bon, disait-il, il ne s’agit pas seulement que les autres soient là, qu’ils remplissent l’espace à côté de nous. Mais même quand ils nous fêtent ou nous donnent un  conseil lors d’une conversation amical, un conseil avisé, intuitif : même alors il se peut que nous soyons solitaires. La solitude n’a donc pas simplement à voir avec la présence des autres, ni non plus avec ce qu’ils font. Avec quoi, alors ? Avec quoi, à la fin des fins ?

« Avec moi, il ne parlait pas de Fatima et de ses sentiments pour elle. L’intimité est notre dernier sanctuaire avait-il coutume de dire. Une seule fois, il s’est laissé aller à émettre une remarque. Je suis couché à côté d’elle, j’entends son souffle, je sens sa chaleur - et je suis terriblement solitaire, disait-il. Qu’est-ce que cela, qu’est-ce que c’est ? »

Solidão por proscrição, solitude par mise au ban, avait noté Prado.Quand les autres nous retirent affection, respect et estime, pourquoi ne pouvons-nous pas tout bonnement leur dire : « Je n’ai pas besoin de tout cela, je me suffis à moi-même » ? N’est-ce pas une forme terrible d’absence de liberté, que nous ne le puissions pas ? Cela ne fait-il pas de nous l’esclave des autres ? A quels sentiments peut-on faire appel contre cela, en guise de barrage, de rempart ? De quelle nature doit être la solidité intérieure ?

(…) SOLIDÃO FURIOSA, FURIEUSE SOLITUDE. Est-il vrai que tous nos actes sont en grande partie déterminés par la peur de la solitude ? Est-ce pour cela que nous renonçons à toutes les choses que nous regretterons à la fin de notre vie ? Est-ce pour cette raison que nous disons si rarement ce que nous pensons ? Pourquoi, sinon, tenons-nous à tous ces mariages désunis, à ces amitiés mensongères, à ces ennuyeux repas d’anniversaires ? Qu’est-ce qui arriverait si nous renoncions à tout cela, si nous mettions fin à ce chantage insidieux et décidions de nous assumer ? Si nous laissions jaillir comme une fontaine tous nos désirs réduits en esclavage et la fureur que nous cause leur servitude ? Car cette solitude redoutée, en quoi consiste-t-elle réellement ? Dans le silence des reproches qui nous sont désormais épargnés ? Dans la nécessité abolie de marcher à pas feutrés, en retenant notre souffle, sur le champ de mines des mensonges conjugaux et des demi-vérités amicales ? Déplorons-nous la liberté de nous asseoir, à table, en face de personne ? L’abondance de temps qui s’ouvre quand se tait le feu roulant des rendez-vous ? Ne voilà-t-il pas des choses merveilleuses ? Un état paradisiaque ? Pourquoi alors en avoir peur ? Est-ce à la fin une peur qui n’existe que parce que nous n’avons pas réfléchi à son objet ? Une peur qui nous a été inculquée par des parents, des professeurs et des prêtres à la tête vide ? Et pourquoi sommes-nous en réalité tellement sûrs que les autres ne nous envieraient pas, s’ils voyaient à quel point notre liberté est devenue vaste ? Et qu’ils ne rechercheraient pas aussitôt notre société ?

 pessoa le livre de l'intranquillité

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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 19:37

  Bern Stadt 2007 044

 

Permettez-moi (une fois n'est pas coutume) de vous recommander la lecture d'un roman qui m'a enthousiasmé et dont je ne saurais mieux résumer le propos  que cette présentation faite par le  Matricule des Anges :

 

Train de nuit pour Lisbonne (Ed 10/18)


L'écrivain suisse Pascal Mercier, né en 1944, retrace le périple d'un homme s'élevant par le hasard et l'intelligence à la conscience de ce qu'il est, et n'a pas osé être.
Partir, risquer à l'aventure son âme pour se rapprocher de soi-même et avoir la sensation de " vivre enfin selon ses voeux, selon sa passion et au diable les autres ". C'est ce qu'entreprend un beau matin Raimund Gregorius, professeur de langues anciennes, dont l'austère érudition et la vie "immuablement " réglée font penser à Kien, cette figure poussiéreuse du Savoir décrite par Elias Canetti dans Autodafé. Un matin donc, en plein cours de latin, le philologue se lève, quitte la classe, la Suisse, et sort de son existence " comme d'une vieille peinture à l'huile accrochée au mur d'un musée, dans une aile latérale oubliée ".
 Auparavant, il a sauvé du suicide une femme penchée sur le parapet d'un pont et dont la langue, le portugais, l'a ébloui. Peu après il découvrira dans une librairie et encore par hasard, un livre d'un poète, Amadeu Ignacio de Almeida Prado, portugais lui aussi, et dont les propos hardis et comme "écrits pour lui " vont à ce point le marquer qu'il décide de partir à Lisbonne sur les traces de cet "orfèvre des mots ", médecin et opposant à la dictature de Salazar.
On pourra certes regretter la succession peu vraisemblable de ces deux rencontres inopinées au début du roman, on en retiendra d'autant plus que c'est la fascination pour le verbe, la magie et le pouvoir d'une langue, qui chez Gregorius agit comme l'élément détonateur de sa mise en chemin. Pour cet intellectuel myope, hanté de surcroît par la peur de la cécité, la découverte puis l'apprentissage du portugais dont il a pressenti " l'acuité de perception " singulière, signifie l'accès à "une nouvelle sorte de lucidité ". Plus que dans l'histoire passionnante de Lisbonne, à la recherche des proches, des amis et compagnons de Résistance d'Amadeu de Prado, c'est en effet dans les dédales insoupçonnés de sa propre intériorité que pénètre Gregorius tandis qu'il s'attelle à " fouiller " et " déchiffrer " la conscience d'un autre celle cisaillée de doutes du poète portugais. Dans ce jeu de miroir qui ne cède pourtant jamais à l'illusion de la transparence à soi, c'est également le regard du philosophe Peter Bieri, né à Berne en 1944 et professeur à Berlin, qui vient se réfracter à travers celui de Pascal Mercier, son nom de plume. " S'il existait une pensée poétique et une poésie pensante ce serait le Paradis " fait-il dire à Prado dans une de ses réflexions, une gageure que ce roman d'une justesse souvent fulgurante, relève assurément.
Dans cette double mise en abyme, le symbolisme du train, qui fait la navette d'un bout à l'autre du livre et que l'auteur emprunte à L'Homme qui regardait passer les trains de Georges Simenon, est là pour signaler ce processus à la fois spatial et temporel à la faveur duquel l'homme tente de s'expliquer à lui-même sa vie, ce qu'il est et ce qu'il aurait " pu devenir d'autre ". Car est-on libre de choisir qui l'on est (devenu) ? Et " S'il est vrai que nous ne pouvons vivre qu'une petite partie de ce qui est en nous qu'advient-il du reste ? " À travers ces questions dont la pertinence vient grever Gregorius d'une mélancolie tout angoissée, c'est bien le problème d'opter que soulève l'écrivain, de la nécessité (malédiction ?) qu'il y a à choisir une possibilité de vie parmi d'autres, refoulant les innombrables autres possibilités qui, faute d'être élues, restent en suspens d'être, comme une partie inconnue et abandonnée de nous-mêmes.
Il est vrai que le " ressac du hasard " peut parfois nous proposer d'en revivifier le contenu. Pour Gregorius, c'est ainsi toute la fonction de Lisbonne que de venir ressusciter " avec trente-huit ans de retard " un rêve d'écolier négligé, " Ispahan " ce nom de " code d'une autre vie possible qu'il n'avait pas osé vivre ". Le hasard donc, mais que serait-il, s'interroge Mercier, sans une conscience inspirée, sachant le féconder ? Si la rencontre de Gregorius avec la femme sur le pont a bien été fortuite, c'est à lui seul qu'il revient d'avoir su activer ce signe muet, et par suite lui donner " l'impérieuse nécessité qui caractéris(e) ce qui (est) totalement réel ". Loin d'être complètement aléatoire ou déterminée une fois pour toutes, la vie serait à voir comme une espèce de choix continué, en vertu duquel le caractère et la personne ne cessent de se découvrir, de s'effiler, de se réinventer conformément à cette " prolifération de soi-mêmes " dont parlait le maître des lettres portugaises, Fernando Pessoa.
Dans cette " poétique " du choix placée (aussi) sous la sagesse de Marc Aurèle et de Montaigne, c'est bien le sens de la finitude, l'expérience de la contingence et de " l'incoercible écoulement du temps " que partage Gregorius avec Prado. Le thème de la mort est d'ailleurs omniprésent dans les pensées du poète-médecin, ne serait-ce que par sa hantise de la rupture d'anévrisme, capable de venir biffer d'un seul trait le oui vital dans toutes ses ramifications. Assumer jusqu'au bout cette prescience de la mort, comme Prado l'a fait un jour jusqu'aux confins du Cap Finisterre, n'est-ce pourtant pas ce qui, en passionnant la vie, peut seul lui donner son " tempo " enfiévré son intensité ? À la fin du roman, restée délibérément ouverte par l'écrivain, Gregorius, rentré à Berne se faire hospitaliser en urgence, ne sait rien de plus sinon qu'il revient déjà de loin.

 

lisbonne-alfama

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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 18:58

kant

 

Texte de Kant (explication)


« Le respect s'applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l'inclination et même de l'amour, si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.), ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais du respect. Une chose qui se rapproche beaucoup de ce sentiment, c'est l'admiration et l'admiration comme affection, c'est-à-dire l'étonnement, peut aussi s'appliquer aux choses, aux montagnes qui se perdent dans les nues, à la grandeur, à la multitude et à l'éloignement des corps célestes, à la force et à l'agilité de certains animaux, etc. Mais tout cela n'est point du respect. Un homme peut être aussi pour moi un objet d'amour, de crainte ou d'une admiration qui peut même aller jusqu'à l'étonnement et cependant n'être pas pour cela un objet de respect. Son humeur badine1, son courage et sa force, la puissance qu'il a d'après son rang parmi ses semblables, peuvent m'inspirer des sentiments de ce genre, mais il manque toujours encore le respect intérieur à son égard. Fontenelle dit : Devant un grand seigneur, je m'incline, mais mon esprit ne s'incline pas. Je puis ajouter : Devant un homme de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture de caractère portée à un degré que je ne me reconnais pas à moi-même, mon esprit s'incline, que je le veuille ou non, et si haut que j'élève la tête pour ne pas lui laisser oublier ma supériorité. »
                                                      Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique.

 

respect 2

Qui dit respect dit considération particulière envers quelqu’un. Mais quelle est son origine ? Serait-ce le sentiment immédiat que l’on éprouve envers une personne dont on reconnaît la supériorité ou que l’on admire ? D’où vient alors un tel sentiment ? D’une autorité extérieure, d’une reconnaissance d’ordre social ou au contraire des qualités humaines que nous reconnaissons à la personne que nous respectons ? De plus, respecter quelqu‘un, n’est-ce pas mettre une certaine distance entre soi et lui ? N’est-ce pas s’interdire de lui faire du mal ou de lui porter atteinte ? En ce sens, le respect ne serait-il pas de l’ordre de la morale ? Mais comment alors un impératif catégorique, d’ordre moral, ayant valeur absolue et donc universel ou, à tout le moins, universalisable, peut-il être inspiré par un sentiment particulier, nécessairement changeant et donc non universalisable comme tel ? Ne serait-ce pas contradictoire ?
Le texte de Kant est un exercice de définition ; en quoi consiste l’essence du respect ? Or pour définir un concept il convient d’abord de le distinguer des concepts approchants. Pour ce faire Kant commence par distinguer le respect de l'admiration en analysant leur objet. Mais ce critère ne semble pas suffisant car si le respect s'applique exclusivement aux hommes et non aux choses, l'admiration elle, peut en revanche s'appliquer aussi bien aux choses qu'aux hommes et c’est ce qui constitue la seconde partie du texte. Enfin, dans une troisième partie, Kant se demande ce qui distingue fondamentalement le respect de l’admiration et selon lui, c’est l’origine : le respect a son origine dans l’esprit et non dans un sentiment particulier émanant de la sensibilité. Au fond, le respect est certes un sentiment, mais qui est inspiré par la raison, et qui est comme tel  universalisable.
Le texte commence par une première distinction caractérisant le respect pour le différencier de l’admiration : « Le respect s'applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses ». Pour comprendre cette formule, il convient d’abord de bien définir ce que Kant entend par personne et par chose. Le terme de personne désigne les êtres raisonnables (= doués de raison) en tant que leur nature les désigne comme des fins en soi, ne pouvant pas être considérés simplement comme des moyens. La chose, en revanche, dépend de la nature et n’a qu’une valeur de moyen. Alors que les choses sont de simples fins subjectives, les personnes constituent des fins objectives : si elle sert ou est servie, la personne ne doit pas être asservie ou asservir une autre personne. Enfin une chose a un prix tandis qu’une personne n’a pas de prix. Ce qui a un prix n’a qu’une valeur relative tandis que ce qui n’en n’a pas a une valeur absolue. D’où les exemples donnés par Kant : l’animal et l’homme. Un animal peut susciter l’admiration (comme un cheval de race pour son élégance), mais cela n’empêche pas les hommes de le vendre pour en acheter un autre, plus performant ou plus élégant encore. En ce sens l’animal est un moyen qui a une valeur relative et qui n’a pas sa fin en lui-même puisqu’elle dépend de la volonté de l’homme. L’animal peut donc susciter des sentiments d’attraction ou de répulsion, et comme tel être objet d’amour ou de haine, mais il ne peut pas pour autant susciter le respect. De même les éléments naturels comme un cataclysme ou un spectacle grandiose, qui dépassent l’homme et l’impressionnent peuvent lui inspirer le sentiment du sublime, et donc de l’admiration devant tant de force ou l'infinité que cela peut évoquer. Mais cette admiration n’est pas du respect. Si, par exemple, la montagne que j’admire devient un obstacle par rapport à mes projets, je vais y porter atteinte pour la transformer favorablement (elle n’est donc qu’un moyen ou un instrument). Or le sentiment que nous éprouvons devant ce qui nous dépasse peut être considéré comme du respect ? Mais peut-on éprouver du respect pour des choses ?
De plus, l’admiration peut être suscitée à l’égard d’une personne sans qu’il y ait du respect pour autant. On peut, par exemple, admirer Céline pour son génie littéraire et ne pas estimer respectable  le personnage qu’il a été. On peut,  en ce sens, éprouver une émotion qui affecte notre sensibilité, mais cela n’a rien à voir avec quelque reconnaissance d’ordre moral que ce soit. L’admiration est produite par un sentiment devant  la supériorité que nous reconnaissons à quelqu’un (son autorité, son rang social, son sens des affaires, etc…), c’est-à-dire devant des qualités que nous n’avons pas et qui nous impressionnent. On s’incline alors, comme le dit Fontenelle  mais il ne s'agit pas de véritable respect au sens kantien. D’où la question : qu’est-ce qui permet alors de différencier respect et admiration ? Selon Kant, ils diffèrent essentiellement par leur origine : le respect seul vient de l’esprit. En quoi le respect, autre sorte d'inclination devant un être que l'on juge supérieur à soi, se distingue-t-il de l'admiration ? Cf. Fontenelle : « devant un grand seigneur je m’incline mais mon esprit ne s’incline pas ». Qu’est-ce à dire ? Cela consiste à distinguer respect extérieur (inspiré par une position sociale ou hiérarchique supérieure) et respect intérieur (inspiré par la dignité morale que mon esprit reconnaît à la personne humaine devant laquelle il s’incline et qui n’a rien à voir avec la position sociale puisqu'un tel respect peut être inspiré par la noblesse d’âme d’une personne de rang inférieur… !). Ainsi le respect est un sentiment venant de l'esprit seul, et non un sentiment lié à l'affection ou au rang social. Le respect n'est ni la simple admiration ni le fait d'honorer quelqu’un. Le respect est d'abord un état d'esprit avant d'être une attitude.

Siddhartha-Hermann-Hesse

Par lenuki - Publié dans : politique et morale
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 18:48

INJURES MANQUE DE RESPECT - DOSSIER DU MOIS
Lorsque j’enseignais encore (c’est tout récent) il m’arrivait de traverser la cour du lycée pour aller dispenser mon cours dans une des salles de l’internat. Ma concentration était alors parasitée et dérangée par de singuliers noms d’oiseau que s’envoyaient les élèves, sans sourciller et avec le sérieux qui peut les caractériser. Aussi les interrogeais-je sur cette surprenante pratique et sur le respect dont elle pouvait témoigner les uns à l’égard des autres. Quelle n’était pas alors ma surprise lorsqu’on me répondait que tout ceci était bon enfant, amical, preuve de considération et de sympathie... ! Bref, un gage d’amitié. Cela n’en dit-il pas long sur la perte du sens des mots, de l’impact qu’ils peuvent avoir et du mal qu’ils peuvent faire ? Après cela, pas étonnant qu’il ne reste plus, pour s’affirmer, que la castagne….
Cela n’empêche pas, cependant, cette même jeunesse de n’avoir que le mot de respect à la bouche, comme si elle sentait que c’est le seul horizon possible de toute vie sociale. Respect des enseignants ou des adultes en général à l’égard de cette jeunesse en mal de repères : respect à l’école, à la maison, en boîte, dans tout l’espace qu’il soit public ou privé…. Mais ce mot de respect n’est-il pas ambigu ? Ainsi, tenir quelqu’un en respect, ce n’est pas nécessairement avoir de la considération pour lui…mais plutôt le tenir à distance, parce qu’il constitue une menace. Aussi de quel respect parle-t-on ? Pour Kant par exemple ce qui fonde le respect que nous devons avoir les uns à l’égard des autres, c’est la personne humaine que chaque être raisonnable représente comme porteur de la loi morale :


« Le respect s'applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l'inclination et même de l'amour; si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.), ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais de respect. Une chose qui se rapproche beaucoup de ce sentiment., c'est l'admiration et l'admiration comme affection, c'est-à-dire l'étonnement, peut aussi s' appliquer aux choses, aux montagnes qui se perdent dans les nues, à la grandeur, à la multitude et à l'éloignement des corps célestes, à la force et à l'agilité de certains animaux, etc. Mais tout cela n'est point du respect. Un homme peut être aussi pour moi un objet d'amour, de crainte ou d'une admiration qui peut même aller jusqu'à l'étonnement et cependant n'être pas pour cela un objet de respect. Son humeur badine, son courage et sa force, la puissance qu'il a d'après son rang parmi ses semblables, peuvent m'inspirer des sentiments de ce genre, mais il manque toujours encore le respect intérieur à son égard. Fontenelle dit : "Devant un grand seigneur, je m'incline, mais mon esprit ne s'incline pas. "Je puis ajouter : devant un homme de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture de caractère portée à un degré que je ne me reconnais pas à moi-même, mon esprit s'incline, que je le veuille ou non, et si haut que j'élève la tête pour ne pas lui laisser oublier ma supériorité »
                                                                                          KANT  Critique de la raison pratique

education-nationale

Par lenuki - Publié dans : politique et morale
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